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December 11, 2025

5 Idées Reçues sur le Travail au Japon que la Gen Z a Fait Voler en Éclats

L’image du salaryman japonais, dévoué corps et âme à son entreprise, a longtemps défini la culture du travail nippone. Pourtant, cette icône se fissure sous la pression d’une nouvelle génération. La Gen Z japonaise mène une révolution silencieuse, rejetant les sacrifices de ses aînés et redessinant radicalement les contours du monde professionnel.

Le mythe de l’emploi à vie n’est plus qu’un lointain souvenir

Le système du Shūshin Koyō, ou emploi à vie, promettait autrefois une sécurité totale aux jeunes diplômés en échange d’une loyauté absolue. Ce pacte social, pilier de l’économie d’après-guerre, s’est dégradé après l’éclatement de la bulle économique des années 1990. Pour survivre, les entreprises ont dû démanteler ce modèle, mais de manière indirecte pour préserver les apparences culturelles, via des plans de départs volontaires et le non-renouvellement de contrats temporaires.

Des géants industriels illustrent cette transition. Dès les années 2000, Toyota a augmenté massivement le recours aux travailleurs temporaires, passant de 1 350 en 2004 à des milliers avant 2008. Suite à la crise de 2008-2009, Panasonic a fait de même, créant un véritable “système de castes” où les non-permanents gagnent moitié moins pour le même travail. Cette stratégie a institutionnalisé un dualisme du marché du travail, une main-d’œuvre à deux vitesses qui est devenue la nouvelle norme.

Le “Quiet Quitting” : une rébellion silencieuse à grande échelle

Dans le contexte japonais, le “quiet quitting” consiste à s’en tenir strictement au minimum requis, en sacrifiant volontairement promotions et primes au profit de l’équilibre de vie. Le phénomène est massif : environ 45 % des travailleurs japonais de 20 à 59 ans le pratiquent, avec une prédominance chez les jeunes de la vingtaine.

Cette tendance ne révèle pas un simple changement de mentalité, mais une rupture axiologique fondamentale. Pour la Gen Z, travailler 12 heures par jour n’est plus un signe de loyauté, mais un sacrifice inacceptable. Seuls 30 % des jeunes valorisent encore l’avancement professionnel, signalant un basculement des valeurs générationnelles où le bien-être personnel prime désormais sur l’ambition d’entreprise.

Le paradoxe des “Freeters” : moins de jeunes, mais plus de précarité à long terme

Les freeters sont ces jeunes (15-34 ans) qui choisissent des emplois à temps partiel pour plus de liberté. Si leur nombre total a baissé depuis le pic de 2003, cette statistique cache une réalité plus sombre. La baisse concerne principalement les 15-24 ans qui, paradoxalement, bénéficient d’un marché du travail si tendu qu’il leur est plus facile de trouver des CDI. En revanche, la proportion de freeters augmente dangereusement chez les 25-34 ans et les 35-44 ans.

Ce phénomène illustre comment une quête de liberté individuelle, encouragée par le marché, se heurte à une structure économique qui n’offre pas de filet de sécurité à long terme, transformant le choix en fatalité.

La face sombre de la flexibilité : la montée des “travailleurs pauvres”

Cette précarisation, d’abord un choix pour certains freeters, est devenue une réalité subie pour une part croissante de la population, donnant naissance à la figure du “travailleur pauvre”. La fin de l’emploi à vie a provoqué une explosion des emplois non-permanents, qui constituent aujourd’hui près de 40 % de la main-d’œuvre. Deux chiffres illustrent ce drame social : ces travailleurs gagnent moins de 2 millions de yens par an (la moitié du salaire d’un employé régulier) et 80 % des personnes considérées comme pauvres au Japon ont un emploi. La “génération de l’âge de glace”, embauchée durant la récession des années 1990-2000, reste particulièrement piégée dans cette instabilité.

Au Japon, la fin du salariat traditionnel n’a pas seulement créé de la flexibilité ; elle a institutionnalisé une nouvelle forme de pauvreté où le travail ne garantit plus la sécurité.

L’ironie ultime : du Karoshi à la semaine de 4 jours

Le Japon est tristement célèbre pour sa culture du surmenage, incarnée par le terme karoshi (mort par excès de travail). Pourtant, le rejet de ce modèle par la Gen Z, combiné aux pénuries de main-d’œuvre, force aujourd’hui les entreprises à un revirement spectaculaire.

Pour attirer les jeunes talents, des mesures autrefois impensables comme la semaine de 4 jours ou les horaires flexibles se généralisent. Il ne s’agit plus d’avantages sociaux, mais d’une concession stratégique indispensable dans un marché du talent où le pouvoir a changé de mains.

De la fin de la sécurité d’emploi à la redéfinition de l’ambition, en passant par l’institutionnalisation de la précarité, chaque facette de cette transformation montre une jeunesse qui ne se bat plus pour une place dans l’ancien système, mais pour en construire un nouveau à son image. Cette quête de flexibilité est-elle un avertissement pour le reste du monde ou le brouillon d’un nouvel avenir du travail ?

Marcus Détrez est entrepreneur, consultant en business international et formateur en langues. Il accompagne des dirigeants, des écoles et des organisations dans leur développement stratégique, interculturel et éducatif, en France comme à l’international. À la croisée du terrain, de la pédagogie et du conseil, il conçoit des méthodes opérationnelles pour apprendre, structurer et déployer des projets dans des environnements complexes. À travers MUS, il fédère ses activités de conseil, de formation et d’investissement autour d’une même exigence : relier la vision à l’exécution.

Sources

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